Intelligence Artificielle & Informatique Verte
L’humain au cœur de l’innovation pour un avenir responsable et éthique
Intelligence Artificielle & Informatique Verte
L’humain au cœur de l’innovation pour un avenir responsable et éthique
Colloque international du 24 & 25 Septembre 2026 Amphi de la maison de la recherche, Université Paris 8 / Saint-Denis
Vers une écosophie des existences informationnelles à l’ère de l’IA
Introduction : La complexité comme boussole d’une écologie technologique
Les problématiques soulevées par le colloque « IA et IV 2026 » à l’Université Paris 8, nous confronte à une urgence ontologique : réconcilier les impératifs écologiques d’une “maison qui brûle” avec les accélérations technologiques qui balayent nos anciennes pratiques. Si l’Informatique Verte s’attache traditionnellement à des piliers techno-économiques, les enjeux dépasses l’efficience, la productivité et la rentabilité pour toucher le cœur de nos « manières d’être ». Comme l’observait Félix Guattari dans sa réflexion pour une refondation des pratiques sociales : « L’humanité semble perdre la tête, ou, plus exactement, sa tête ne fonctionne plus avec son corps. ». Vivre sur cette planète, dont la complexité nous déborde de toute part, exige de mobiliser l’écosophie non comme un palliatif, mais comme une boussole éthique capable d’instaurer une symbiose entre acteurs humains, agents numériques et environnement. Cette réflexion s’enracine dans les terrains conceptuels des trois écologies et ceux d’une vision ontologique de l’écologie qui nous conduit à expérimenter les moyens de piloter de nouveaux agencements collectifs.
Le triptyque guattarien : Fondement d’une écosophie éthico-politique
Il est impératif de distinguer l’écologie « ordinaire » — souvent réduite à la taxonomie de Murugesan (Green Use, Green Disposal, Green Design, Green Manufacturing) — de l’écosophie en tant que « science nomade ». L’écosophie guattarienne s’articule comme une discipline transversale traitant les perturbations environnementales comme les symptômes d’une crise plus profonde des modes de vie. Ces trois registres forment un « bloc de devenir » indissociable :
- Écologie environnementale : Elle redéfinit notre rapport au milieu technique et biologique, postulant que l’homme n’occupe pas le sommet de la hiérarchie du vivant mais s’insère dans une mécanosphère en constante interaction avec la biosphère.
- Écologie sociale : Elle vise la reconstruction des rapports humains et des espaces d’autonomie pour contrer le « Capitalisme Mondial Intégré » (CMI), dont la logique de profit parasite la vitalité des institutions.
- Écologie mentale : Elle œuvre à la réhabilitation de la singularité et de la subjectivité face au laminage moral et à l’homogénéisation médiatique, favorisant une « resingularisation » de l’existence.
Cette unité de registre constitue la grille ontologique nécessaire pour appréhender nos profils numériques non comme des agrégats de données, mais comme des modes d’existence à part entière.
Modélisation des existences informationnelles : De l’énaction à l’autopoièse
L’individu numérique ne saurait être une entité isolée ; il est le nœud d’un processus relationnel continu. En suivant Deleuze, Guattari et Yves Citton, il convient d’affirmer que les individus ne préexistent pas aux relations qui les constituent. Dans cette perspective autopoiétique, le concept d’enaction abolit la séparation entre l’organisme et son milieu : l’organisme est une interaction. La subjectivité contemporaine doit ainsi être modélisée comme un collectif de composantes hétérogènes, où le corps et le moi s’entrelacent avec les machines informatiques et les réseaux. Cette hybridation technologique n’est pas une simple médiation, mais une procédure de subjectivation qui définit nos territoires existentiels et les fluctuations de pouvoir qui nous traversent.
Éthique des environnements numériques : Fluctuations des quatre pouvoirs existentiels
L’éthique des systèmes d’IA doit s’extraire des métriques de performance pour évaluer la « prise de consistance d’univers incorporels » au sein de la subjectivité collective.
Discernement : Il s’agit de la capacité à extraire un événement existentiel du chaos informationnel, transformant le signal binaire en une valeur de pertinence pour le sujet. Ce pouvoir permet de résister à la saturation des experts qui, par un despotisme technocratique, anesthésient notre sensibilité.
Raisonnement : Ce pouvoir marque la transition d’une logique purement factuelle vers une métamodélisation de la complexité capable d’appréhender l’hétérogénéité du réel. L’objectif est de substituer à l’optique sèche du technocrate une pensée qui intègre les marges de jeu virtuelles.
Résonance : Elle exprime la capacité d’affect et de solidarité humaine, forgeant des « enlacements polyphoniques » entre l’individu et le social. C’est ici que s’invente une véritable « musique subjective » capable de contrer l’aseptisation des rapports machiniques.
Agir : Ce pouvoir appelle à un volontarisme collectif pour briser la passivité hypnotique induite par les médias traditionnels et le CMI. Il s’agit de s’emparer des technologies pour engager une révolution moléculaire des pratiques sociales.
Ces fluctuations varient radicalement selon que l’architecture de l’IA favorise la singularité ou le consensus statistique.
Analyse comparative : IA symbolique (Balpe) vs IA générative et connexioniste
Le conflit épistémologique entre les approches de l’IA révèle une lutte fondamentale entre la resingularisation et l’homogénéisation par le CMI.
L’IA Symbolique, illustrée par les générateurs de Jean-Pierre Balpe, s’appuie sur une créativité machinique fondée sur des règles et des bifurcations imprévisibles. En favorisant le dissensus et la différence, elle devient un outil de métamodélisation capable de rompre avec l’ordre libéral du marché. Elle encourage une subjectivité de l’atypie, essentielle à une démocratie écosophique qui refuse l’accord consensuel facile.
L’IA Générative et Connexionniste (LLM), à l’inverse, agit souvent comme un instrument de laminage moral sous l’égide du capitalisme vert. En réduisant la subjectivité à des calculs de probabilités et à des statistiques de masse, ces modèles tendent à moyenner la pensée et à atrophier nos facultés imaginatives. Ils saturent l’espace virtuel d’un impératif technocratique où le profit dicte la finalité des machines sociales.
Une gestion pluraliste de ces composantes machiniques est indispensable pour que l’IA ne soit pas qu’une armée épistémique au service des appareils d’État, mais une force de subversion créative.
Vers une “Nouvelle Renaissance” écosophique
La réactivation de la sensibilité et de l’intelligence collectives exige une rupture radicale avec les solutions technocratiques fragmentaires. Nous devons engager une « révolution moléculaire » capable de transformer simultanément nos mentalités et notre milieu technique pour éviter le basculement vers des conflits identitaires atroces. Cette « Nouvelle Renaissance » nous impose d’arbitrer le présent au nom de l’avenir, en assumant pleinement la responsabilité éthique envers les générations à venir. Selon le principe de Hans Jonas, notre mission est d’extraire de nouvelles lignes de possible du chaos capitaliste, car la responsabilité ne consiste plus à préserver un soi isolé, mais à vivifier le lien qui nous attache à l’altérité et au futur de la biosphère.